Nids et site de nidification

      En dehors de Polistes et Dolichovespula media, les guêpes nichent rarement à la lumière directe. C’est l’une des premières spécificités de Vespa velutina dont les nids sont exposés dans 80% des cas ce qui les rend accessibles à la présence humaine et donc potentiellement dangereux à des faibles hauteurs. Les sites de nidification du frelon asiatique sont uniques dans leur genre car on trouve les nids à la cime des arbres la plupart du temps (58% dont 12% en haies). Les nids dans le bâti sont moins fréquents (granges, garages, toitures, fenêtres…) puisqu’ils représentent 23% des sites de nidification. Les 13% restants sont des exceptions : nids souterrains, tas de branches… (rapport Blot, ADAAQ 2008). Là où le frelon européen se cache systématiquement, le frelon asiatique se montre au grand jour ! Les observations récentes montrent que les essences préférées sont le peuplier, l’acacia, le chêne et les platanes mais de nombreuses essences sont habitées. Plus rarement les conifères qui peuvent être néfastes aux insectes à cause de la résine. Les nids sont très souvent perchés très hauts 8-10-15 jusqu’à 20 mètres de hauteur ce qui les rends difficiles à détruire. La plupart du temps, le nid se trouve dans un arbre haut et isolé non loin de l’eau (lac, étang, rivière) : 98% des cas.

                     nid Vespa velutina 1    nid Vespula velutina 2    nid Vespa velutina 3

Nids du frelon asiatique Vespa velutina nigrithorax à la cime des arbres

      Le nid est construit en suivant les mêmes étapes que pour les autres guêpes (voir chapitre I : Biologie). En revanche l’entrée se trouve sur le côté de l’enveloppe et non pas en bas comme pour Vespula, Dolichovespula et Vespa crabro ce qui est unique chez les guêpes sociales européennes. La couleur du papier est à dominante ocre/beige rayée de bandes brunes comme pour le frelon européen Vespa crabro et la guêpe commune Vespula vulgaris. Sa taille peut être très importante jusqu’à 80cm voir 1mètre de haut ce qui est supérieur au frelon européen (généralement 60cm au maximum). A l’apogée du guêpier, le diamètre du nid peut augmenter de 6cm par semaine ! Les nids dans les arbres sont généralement cachés par les feuilles et deviennent visibles en automne lorsque les arbres se découvrent.

                     nid Vespa velutina 4    entrée nid Vespa velutina 1    entrée nid Vespa velutina 2

Grand nid de frelon asiatique en fin de saison (65cm de haut et 30cm de large - Octobre - Toulouse) ; Détails de l'entrée latérale avec une ouvrière assurant la défense (image 2) et une pourvoyeuse rentrant au nid avec une charge de nourriture (image 3)

                     nid Vespa velutina 5     nid Vespa velutina 6     nid Vespa velutina 7

D'autres nids, toujours dans la même configuration (taille moyenne 30cm de diamètre pour 40cm de hauteur - Toulouse 2011)

                                   nid Vespa velutina 8    nid Vespa velutina 9

Ouvrières de Vespa velutina nigrithorax à la surface des enveloppes de 2 nids aériens actifs (Octobre - Toulouse 2011)

   papier Vespula velutina 1papier Vespa velutina 2papier Vespa velutina 3

Détail d'un morceau d'enveloppe externe avec les écailles de papier concentriques caractéristiques ; les fibres de bois sont bien visibles (image 3)

papier face interneFace interne du morceau d'enveloppe avec quelques points d'ancrage des rayons incrustés dans l'épaisseur

      Le nombre d’individus dans un guêpier est également très supérieur à ce que l’on connaît pour le frelon européen. En effet, ce dernier ne produit rarement plus de 1000 individus actifs (en moyenne l’ordre de grandeur est plutôt compris entre 300 à 600 frelons actifs ce qui donne une production annuelle de quelques centaines à 3000 individus). Chez Vespa velutina les chiffres sont très différents puisque ces valeurs correspondent à celles d’un petit nid. Les plus gros guêpiers abritent plusieurs milliers d’individus (puisqu’ils représentent 23% des sites de nidification. Les 13% restants sont des exceptions : nids souterrains, tas de branches… (rapport Blot, ADAAQ 2008, pas de chiffres fiables à l’heure actuelle mais 2000 individus actifs semble envisageable) soit une production annuelle pouvant grimper jusqu’à 20 000 frelons pour une fondatrice. La descendance sexuée est donc proportionnelle ce qui explique en partie cette capacité d’expansion géographique exceptionnelle. Le danger lié à un nid de cette espèce comparé à ceux du frelon européen découle également de ces populations très denses : plus il y a d’individus, plus il y aura de piqûres en cas de dérangement.

 

Capacité à réaliser des nids satellites… un instinct de survie unique chez les guêpes !

      Chez le frelon asiatique, un « nid primaire » peut-être construit en début de saison. La fondatrice commence sa fondation normalement jusqu’à l’apparition des premières ouvrières. Si les conditions deviennent défavorables (dessous de taules chauffant avec l’évolution des températures lors de la saison ; nid dérangé régulièrement : lieu de passage près d’une haie, lieu trop bruyant, trop venté) la colonie peut déménager. Dans ce cas, un détachement d’ouvrières part commencer l’édification d’un autre nid dans un endroit repéré au préalable par des éclaireuses. Dès que ce second site est assez grand pour accueillir la colonie, la reine et ses ouvrières y déménage. Des ouvrières resteront dans l’ancien nid jusqu’à ce que tout le couvain ait éclos et les nouvelles nées rejoindront progressivement le nid principal jusqu’à l’abandon du nid primaire.

      De la même façon, un nid partiellement détruit (coup de fusil, nid arraché par le vent, nid enlevé sans destruction de la reine) entrainera l’apparition d’une colonie satellite. Une grappe de frelon partira un peu plus loin et reconstruira un guêpier. Ceci est également valable pour le frelon européen Vespa crabro mais ces cas restent exceptionnels et les chances de transfert sont faibles pour cette espèce. Chez le frelon asiatique ces cas de déménagement sont courants et le taux de réussite est important ce qui le démarque à nouveau des autres espèces. Ceci ajouté à la densité de ses population et à la résistance au froid de cette espèce en font un invasif très prolifique.

      Les images suivantes montrent un nid que j'ai suivi. La première photo présente la taille du guêpier en fin de saison (Octobre). Lors d'une très forte tempête de vent, les branches avoisinant le nid sont venues frotter contre l'enveloppe durant plusieurs jours arrachant une grande partie de celle-ci ainsi que quelques alvéoles(image 2). Les jours suivants les ouvrières ont tenté de se réfugier sous la toiture d'un batiment situé en face du nid dont le couvain était à l'air libre. Puis, elles ont rapidement entamé la reconstruction (image 3) même en fin de saion : d'autres espèces auraient préféré abandonner le guêpier. Ceci a donné la reconstruction partielle de l'image 3 qui a de nouveau été en partie détruite par un nouvel épisode de vents violents les jours suivants... et à nouveau reconstruite !

                    tempête 1    tempête 2    tempête 3

Reconstruction d'un nid de Vespa velutina dévasté par les branches avoisinantes lors de vents violents

nid dévasté 4Mais parfois la nature l'emporte... et les oiseux finissent le travail !

      Concernant l’instinct de survie il est intéressant de souligner certaines observations récurrentes dans les suivis scientifiques. Il semblerait que lors de périodes de fin d’année avec une météo douce (température modérée, absence de pluie) des jeunes reines fécondées de Vespa velutina essaient de construire une seconde génération annuelle de nid. Au lieu de chercher un site de diapause, les jeunes fondatrices commencent la construction de leur nid au mois d’Octobre. [Sous les tropiques, les populations de frelons exotiques construisent des nids en permanence, ces nids sont annuels mais dès que les jeunes fondatrices sont fécondées, elles partent pour réaliser leur fondation. Ceci ne pose pas de problème et le cycle est continu puisque les températures le permettent]. Le Sud de la France pouvant ressembler à ces conditions fin Septembre-début Novembre, est-ce le même phénomène pour Vespa velutina qui vient de régions aux hivers rigoureux ? Est-ce une tendance vers une évolution future à cycles longs pour cette espèce ? La colonisation de pays plus chauds tels que l’Espagne nous l’apprendra peut-être dans les années à venir… Il est à noter que certains de ces nids tardifs ont été initiés par des femelles non fécondées ne donnant alors qu’une descendance mâle !

 

Résistance au froid

Ce frelon est particulièrement résistant au froid et il faut s’en méfier lors du décrochage des nids en fin de saison. Des frelons actifs peuvent être présents dans les nids jusqu’à fin décembre ! Attention car dès que les insectes sont réchauffés (si le nid est mis dans un garage par exemple), ils redeviennent bien actifs : voir "dissection d'un nid de frelon asiatique en hiver". Pour les espèces autochtones sauf lorsque les nids sont exceptionnellement bien protégés, la plupart des populations sont détruites en décembre. Les fondatrices pouvant effectuer leur repos hivernal (diapause) dans des souches/troncs, elles peuvent sortir en plein hiver si la bûche est rentrée dans une maison pour un feu de cheminée.

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