Chapitre I : Naissance, vie et mort du guêpier

Sortie de diapause et reprise d’activité des fondatrices : parcours d’une combattante !

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      Les guêpes construisent des nids annuels qui dépérissent en fin d’année et ne sont JAMAIS réutilisés l’année suivante. Les jeunes fondatrices fécondées à l’automne avant le déclin de la colonie survivent en se cachant dans une cavité (trou dans le sol, tronc d’arbre, buche) et vivent sur les stocks de graisses accumulés pendant la belle saison. Durant l’hiver, elles adoptent une position caractéristique très compacte en repliant leurs ailes sous l’abdomen (à l’oblique) pour les protéger. Le repos hivernal est appelé "diapause" chez les insectes. Lors de la diapause, des facteurs environnementaux [et génétiques selon certains auteurs et selon certaines espèces] vont forcer le métabolisme à ralentir. Il faut imaginer (le plus facile pour ça est de prendre l’exemple du battement cardiaque) que toutes les activités vont diminuer jusqu’à atteindre un seuil minimal, presque imperceptible. Les réserves de glucides et lipides accumulées juste avant diapause sont en partie utilisées pour produire des polyols (le plus connu étant le glycérol) qui ont un rôle « d’anti-gel ».

diapause Vespula vulgaris

Fondatrice de la guêpe commune Vespula vulgaris dérangée lors de sa diapause hivernale dans un vieux chiffon - Zoom sur l’abdomen hypertrophié

Fondatrice Vespa velutina en diapauseFondatrice du frelon asiatique Vespa velutina en position caractéristique de repos hivernal, ailes repliées à l'oblique

       L’énorme avantage de ce phénomène adaptatif est sa conséquence directe qui est une consommation énergétique minimale liée à la torpeur dans lequel est plongé l’individu; même l’activité respiratoire est réduite à son minimum ! Et le coté génial mais encore inexpliqué c’est qu’elle est déclenché AVANT apparition des périodes défavorables et levé APRES retour des conditions favorables. Chez les guêpes sociales européennes, des études ont montré que la diapause est un phénomène nécessaire d’une part pour passer la mauvaise saison mais également pour le cycle biologique de la fondatrice. Attention, ça n'est pas parcequ'un hiver est particulièrement froid que ça ne sera pas une année à guêpes/frelons : ceci dépend des conditions météo lors de la phase de fondation printanière des colonies (avril-mai).

       Le réveil se fait avec l’augmentation de la température et de la luminosité extérieure. Suivant les espèces, cette période s’échelonne entre début mars et juin. Encore une fois, le frelon asiatique bouscule ces habitudes… Plus résistant au froid que notre Vespa crabro européen, Vespa velutina entre en activité à partir de mi-février si le temps le permet. Avec cette espèce qui reste également en activité très tard dans l’année, il est devenu possible d’observer les guêpes presque toute l’année.

Pour résumer : que deviennent les guêpes et frelons en hiver ?

Seules les fondatrices (futures reines) survivent en hiver. Pour cela, elles quittent le guêpier à la fin de l’été et vont trouver une cachette pour passer l’hiver (trous dans une souche, dans la terre, sous les feuilles…) Les réserves de graisse qu’elles ont accumulées lors de la belle saison leurs permettent de survivre jusqu’au printemps suivant. Et le guêpier ? Il dépérit dès les premiers froids entrainant la mort des ouvrières, mâles et larves. Attention cependant : depuis l’arrivée du frelon asiatique en France les choses sont un peu différentes. En décembre, il n’y a plus aucun survivant chez nos espèces européennes. En revanche, on observe depuis quelques années des individus (fondatrices mais aussi ouvrières, larves et parfois mâles !) encore vivant dans les nids jusqu’en janvier si les températures ne sont pas trop basses. Pour en savoir plus, voir les chapitres « frelon asiatique » et « dissection d’un nid de frelon asiatique en hiver ».

      Considérablement affaiblies pendant l’hiver (pour celles qui ont survécu : beaucoup meurent de froid, mangées par les oiseaux ou micromammifères) ; les fondatrices commencent par se réchauffer puis vont immédiatement se nourrir sur les premières fleurs disponibles dans la saison (camélias pour Vespa velutina, mimosa pour Polistes…) Les premiers jours de leur reprise d’activité sont consacrés à cette activité de butinage. En fin de journée, elles disparaissent pour la nuit dans un abri de passage (dessous de tuiles, trous dans le sol).

Réveil Vespula germanicaréveil Vespula germanica 2 Réveil printannier de la guêpe germanique Vespula germanica, réchauffement solaire puis mécanique (muscles alaires)

      Chaque fondatrice commence ensuite une exploration entrecoupée de périodes de nourrissage pour trouver un site de nidification. Comme les bourdons au printemps mais de façon plus discrète, les fondatrices explorent les toitures, fossés, murs, boitiers de volets roulants à la recherche d’une cavité spacieuse.

exploration Vespula vulgaris

Fondatrice de la guêpe commune Vespula vulgaris en vol d’exploration près d’un trou de micromammifère

exploration Vespula vulgaris 2

Une autre fondatrice de la même espèce inspectant les aspérités du sol à la recherche d’une cavité

      Selon les espèces, les habitudes sont différentes. Les guêpes du genre Vespula occupent très souvent des niches souterraines ou des toitures, bâtiments, garages (plus rarement les arbres) et ne manquent pas d’ingéniosité (canoë kayak, casque de moto, aspirateur délaissé, boite à chaussure, compteur électrique…) du moment que le lieu est tranquille et obscure.

                             nid Vespula    nid Vespula 2

Sites de nidification souterrains de la guêpe commune Vespula vulgaris

Le genre Dolichovespula n’occupe jamais de niches souterraines, ces guêpes préfèrent les espaces ouverts : dessous de grange, garages, toitures, arbres… les nids sont rarement près du sol, presque toujours aériens et souvent à hauteur d’homme. De ce fait, ces nids sont souvent détruits en priorité alors que le danger imputable à un nid de Dolichovespula est beaucoup moins important que chez le genre Vespula.

                               nids Dolichovespula saxonica    nid Dolichovespula media

Nids de la guêpe saxonne Dolichovespula saxonica sous le toit d’une grange ; Nid de Dolichovespula media dans une haie de lauriers

Le genre Polistes est plus discret (les populations sont petites et il n’y a jamais beaucoup d’individus comparé aux genres précédents). Contrairement aux autres, ces guêpes nidifient rarement dans des lieux complètement obscurs (mais jamais à la lumière directe). Elles occupent, les dessous de tôles, serres agricoles, bordures de fenêtres, parpaings, poteaux de clôture, compteurs électriques, cavités de ventilation diverses, dessous de tuiles…

nid Polistes  nid Polistes 2  nid Polistes 3

Différents sites de nidification de Polistes dominula : bâche de serre, encadrement de fenêtre, tôle plastique de revêtement

Enfin le frelon européen Vespa crabro privilégie les vastes cavités toujours dans l’obscurité (très souvent des tanières naturelles dans les arbres avec une prédilection pour les chênes, châtaigniers, platanes, plus rarement des pins) mais aussi dessous de grange, toitures, trous dans les murs… Encore une fois le petit dernier bouleverse les habitudes car le frelon asiatique (Vespa velutina) nidifie souvent à la lumière. Les recensements actuels montrent une préférence marquée pour la cime des arbres (essences préférées dans les connaissances actuelles : chênes, acacias, peupliers). Mais on peut également le trouver dans les garages, sous les terrasses, toitures comme la plupart des guêpes sociales.

                                  nid Vespa crabro   nid Vespa velutina

Site de nidification du frelon européen Vespa crabro dans un tronc de chêne ; Nid du frelon asiatique Vespa velutina à la cime d’un peuplier

      La compétition est donc importante pour toutes ces espèces lors de la nidification et il n’est pas rare de voir des reines mortes près d’un jeune nid à cette période (entretuées pour le site). En particulier dans les zones avec peu de sites disponibles (milieu urbain). Une fois le site trouvé, la fondatrice s’y établit et commence l’édification. Il existe néanmoins une règle générale : quelle que soit l’espèce, le nid est toujours situé dans une configuration similaire. Il se situe toujours dans une situation cachée donnant sur un espace d’envol libre. Dans la plupart des cas, il se trouve non loin d’une source d’eau (lac, étang, rivière) en particulier chez les frelons.

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